Qu’est-ce que le Préraphaélisme ?

16 Avr

A côté de certains peintres romantiques anglais qui expriment leurs émotions en partant de la réalité dans laquelle ils vivent, d’autres se disent tout aussi modernes en récupérant des thèmes anciens, qu’ils soient religieux ou non, et en leur donnant une apparence plus humble, quotidienne et actuelle. C’est ainsi qu’apparaît à Londres, dans les années 1840, dans une société victorienne très conventionnelle et académique, la préraphaélite.

Raphaël, La Transfiguration

Raphaël, La Transfiguration 1516-1520, huile sur bois, 405 cm × 278 cm, Rome, Musées du Vatican

Ce sont trois jeunes étudiants de la Royal Academy de Londres : William Holman Hunt (1827-1910), John Everett Millais (1829-1896) et Dante Gabriel Rossetti (1828-1882) qui fondent la Pre-Raphaelite Brotherhood (« confrérie préraphaélite »), en 1848  en réaction à cet académisme victorien. Ces jeunes peintres justifient leur nom de « préraphaélites », en prenant pour modèle la peinture antérieure à Raphaël (1483-1520), dont La Transfiguration est le parfait exemple de ce contre quoi ces jeunes artistes s’opposent. Hunt en dira même qu’il [Raphaël] « devait être condamné pour son mépris grandiose de la simplicité de la vérité, la pause pompeuse des apôtres et l’attitude non spirituelle du Sauveur ».

Les artistes exposent leur théorie esthétique dans la revue « The Germ » qu’ils ont fondée. Elle va leur donner une plus grande visibilité, même si elle ne comptera que quatre numéros au total. Son but est d’ « énoncer les idées de ceux qui soutiennent une stricte adhésion à la simplicité de la Nature en Art ou en Poésie ».

Dante Gabriel Rossetti, L'Enfance de la Vierge

Dante Gabriel Rossetti, l'Enfance de la Vierge, 1848-49, huile sur toile, 83 × 65,5 cm, Londres, Tate Gallery

Il s’agit donc pour ces artistes de créer une nouvelle peinture, non pas en s’inspirant de la Renaissance mais de l’art médiéval (par exemple, l’art gothique) et de l’art primitif italien, qui précéda Raphaël, considéré comme plus pur et plus libre, dont ils apprécient la simplicité, le réalisme naïf et l’ardeur. Ils se refusent à toute forme d’idéalisation. Insatisfaits de leur enseignement académique, ils cherchent une plus grande authenticité dans la peinture (et espérent retrouver la pureté des débuts de la Renaissance italienne). Par conséquent, ils reprochent la virtuosité et l’absence de simplicité de l’art de Raphaël mais, évidemment  aussi, de ces successeurs ou plutôt suiveurs, qui sont incapables, d’après eux, de s’affranchir des règles académiques. Ils considèrent cet art académique comme un art vulgaire, qui manque de créativité. Ainsi, ils souhaitent « ramener l’esprit des gens à une bonne réflexion », comme le dit Millais,  grâce à des tableaux qui élèveraient le spectateur.

William Holman Hunt, Rienzi

William Holman Hunt, Rienzi, 1849, huile sur toile, 86.3 cm × 122 cm, coll. particulière (E. M. Clarke).

Aussi, les écrits du critique d’art et théoricien John Ruskin (1819-1900) influencent-ils le groupe. Celui-ci affirme que l’art doit donner une vision hautement morale et il lui attribue un rôle social. Car, pour lui, la pratique artisanale  a ou doit avoir une plus grande place que celle de l’industrie florissante de cette époque. Il  propose ainsi une conception plus poétique et mystique de la nature, qui doit être représentée de manière directe et sincère. Le poète montre dans les Peintres modernes (1843-1860) dans quelle mesure les styles dépendent de la vie économique et sociale et il soutient la thèse que la société est responsable du déclin de l’art à son époque. Car, il faut se rappeler qu’il s’agit d’une époque dite « troublée » artistiquement, politiquement et socialement (voir notre article sur l’Angleterre au XIXe s). En 1848, par exemple, toute l’Europe est traversée par des mouvements révolutionnaires : le « printemps des peuples ».  La peinture de ces artistes reflète ainsi bien les contradictions d’une phase de transition entre une société essentiellement rurale et artisanale et une économie de type industriel, et ils n’hésiteront pas à intégrer dans leurs peintures, parfois, des allusions politiques.

En outre, ils prolongent la doctrine des nazaréens et vers 1860, se confondent avec le symbolisme.

John Everett Millais, Laurent et Isabelle

John Everett Millais, Laurent et Isabelle, 1849, huile sur toile, 103 x 142,8 cm Liverpool, Walker Art Gallery

Les premières œuvres préraphaélites exposées ont un certain succès : l’Enfance de la Vierge, de Dante Gabriel Rossetti, 1849 (Londres, Tate Gallery) ; Rienzi, de William Holman Hunt, 1849 (coll. part.) et Laurent et Isabelle, de John Everett Millais, 1849 (Liverpool, Walker Art Gallery). Puis, les préraphaélites reçoivent un mauvais accueil, comme on peut le voir notamment à travers l’œuvre de Millais, le Christ dans la maison de ses parents, de 1850 (Londres, Tate Gallery), grandement critiquée pour son souci de réalisme jugé un peu trop poussé (l’artiste avait pris pour modèle de saint Joseph un charpentier). Mais ce mauvais accueil n’est que passagé puisque, grâce notamment au soutient de Ruskin, les oeuvres suivantes connaissent à nouveau du succès lors de l’exposition universelle de 1855 à Paris.

John Everett Millais, Le Christ dans la maison de ses parents

John Everett Millais, Le Christ dans la maison de ses parents, 1850, huile sur toile, 86.4 cm × 139.7 cm, Londres, Tate Gallery

Comment caractériser le style des tableaux préraphaélites ? Ce sont des tableaux souvent colorés et vifs, qui comportent de nombreux symboles et allégories et s’inspirent de la réalité. Leurs sujets sont tirés des Évangiles, de la littérature tels que Shakespeare, Keats ou Tennyson, ainsi que des légendes médiévales. Ils ont un attrait pour la nature et les questions d’ordre social. De plus, les tableaux des préraphaélites vacillent constamment entre action et moderne. Ils dégageant une certaine simplicité et un raffinement exténué, mais aussi une réalité naturelle qui cherche à faire une reproduction exacte de la nature et enfin, une aspiration à un monde supérieur,  cherchant à renouer les fils entre l’art et la foi.  Les artistes  cherchent dans leurs œuvres à saisir les accents réalistes de la peinture du XVe siècle. Parfois leur souci de vraisemblance les pousse à exécuter le paysage en plein air. Comme nous l’avons écrit plus haut, les œuvres sont souvent chargées d’allusions politiques et renvoient aussi un sentiment un peu nostalgique du passé. On peut noter aussi que les peintres dans leurs tableaux, mettent en scène des figurent rêveuses et gracieuses, et les physionomies sont animées d’un certain réalisme et d’une grande liberté dans leurs postures. Les peintres accordent une attention minutieuse aux détails, notamment par un sens aigu du dessin qui définit un modèle ferme, et par une exécution lisse, qui s’inspire des peintres du Quattrocento.

Bien que la confrérie se dissolve assez rapidement, les préraphaélites continuent d’une certaine manière à influencer les générations futures. Le groupe d’artistes qui avaient constitué la confrérie du début ne tarde pas à se séparer, mais d’autres s’y associent, parmi lesquels Edward Burnes-Jones (1833-1898) et William Morris (1834-1896). La peinture préraphaélite influença fortement les peintres en Grande-Bretagne, notamment Augustus Leopold Egg (1816-1863) et John Brett (1830-1902) et les courants artistiques de la fin du XIXe siècle : dans le prolongement direct du préraphaélisme, l’Aesthetic movement, mais aussi l’Art Nouveau et le Symbolisme.

Pour aller plus loin :

Majoritairement des sites en Anglais.

Le Musée d’Orsay – Le Preraphaélisme : http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/bienvenue/actualites/le-preraphaelisme.html
Larousse – préraphaélites :  http://www.larousse.fr/encyclopedie/nom-commun-nom/pr%C3%A9rapha%C3%A9lite/82861
Universalis – préraphaélites : http://www.universalis-edu.com.domino-ip2.univ-paris1.fr/encyclopedie/preraphaelites/
Beaux-Arts du Ciné-club de Caen – Les Préraphaélites:
http://www.cineclubdecaen.com/peinture/analyse/preraphaelites.htm
L’arcyclopédia – Pre-raphaelite (divers liens dont des sites de musées) (en anglais): http://www.artcyclopedia.com/history/pre-raphaelite.html
The pre-raphaelite society (Cf. links) (en anglais) : http://www.pre-raphaelitesociety.org/  – Ainsi que le blog du « The pre-raphaelite society » (voir aussi les liens «  Pre-Raphaelite websites » ) : http://preraphaelitesociety.wordpress.com/
Pre-Raphaelite Online Resource – Birmingham Museums and Art Gallery ( en anglais) : http://www.preraphaelites.org/
The Victorian web – Pre-raphaelitism (un des sites les plus complets sur le préraphélisme et de tout ce qui l’entoure) (en anglais) : http://www.victorianweb.org/painting/prb/index.html
The Samuel and Mary R. Bancroft collection of Pre-raphaelite art  (en anglais) : http://preraph.org/
The Pre-Raph pack (en anglais) : http://pre-raphs.bmagonline.org/
Site du Tate Gallery à Londres – Pre-Raphaelite (grande collection d’oeuvres préraphaélites – plus de 400 oeuvres) (en anglais) : http://www.tate.org.uk/art/artworks?gm=363&ap=1&wp=1&wv=grid
Site de Musées à Liverpool –  The Pre-Raphaelite (études d’oeuvres et etc.) (en anglais): http://www.liverpoolmuseums.org.uk/online/pre-raphaelites/

Florilège d’artistes préraphaélites :

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